Surf sur la Côte Bleue, un drôle de paradoxe. Tout le monde pense à la Méditerranée comme une mer plate, mais certains ont vu plus loin. Michel Léali, Martégal de naissance et président du Lou Martegue Surf Club, fait partie de ceux-là. Dans les années 1970, ils étaient une poignée à croire que des vagues dignes de ce nom pouvaient exister entre Marseille et l’étang de Berre. Aujourd’hui, toute une génération leur emboîte le pas.
Quand la Méditerranée dévoilait ses premières vagues
Nous sommes dans les années 1970-1980. Michel Léali a 18 ans, et tout commence par une confidence anodine. Un ami, dont le père est militaire en poste à l’étranger, raconte avoir vu des gens glisser sur les vagues. La révélation est immédiate. Les deux complices se rendent à l’Arquet, un lieu-dit de la côte, et tentent l’expérience avec un simple bateau pneumatique. Autant dire qu’ils ne surfent pas encore vraiment, mais l’étincelle est là.
À cette époque, le surf en Méditerranée, c’est une anomalie. Les rares pratiquants sont appelés des « isolés ». pas de clubs, pas d'écoles, pas de magasins spécialisés. Juste une poignée de passionnés qui s’obstinent à traquer la moindre houle. Et pour apprendre, ils se tournent vers des livres en anglais, la seule source d’information disponible. Pas d’Internet, pas de tutoriels. Juste des photos et de la détermination.
Ce qui frappe dans ce récit, c’est l’auto-apprentissage généralisé. Personne ne leur a montré comment prendre une vague. Ils ont tout construit par eux-mêmes, des bases techniques jusqu’au matériel.
Shaper ses planches : quand la débrouille devient un art
Pour surfer, il faut une planche. Mais comment s’en procurer dans une région où le surf n’existe pas ? Encore une fois, la débrouille prend le dessus. Michel Léali et son ami commencent à shaper leurs propres planches, c’est-à-dire à les fabriquer de A à Z. Blanks en mousse, résine, fibre de verre… Tout est fait à la main, avec parfois plus de bonne volonté que de technique.
Cette approche artisanale a tout changé. En façonnant eux-mêmes leur matériel, ils ont compris les mécanismes de la glisse. Pourquoi une planche flotte mieux, pourquoi un rocker est trop prononcé, pourquoi une dérive améliore la tenue. Des connaissances que des milliers de riders d’aujourd’hui n’auraient jamais acquises en achetant une planche toute faite.
La génération qui a tout inventé localement
Le plus spectaculaire, c’est ce que cette génération est devenue. Shapers, fabricants d’ailerons, moniteurs, compétiteurs… Les « isolés » de la Côte Bleue sont devenus les découvreurs du surf en Méditerranée. Michel Léali ne dit pas autre chose quand il évoque cette époque avec des souvenirs plein les yeux. Ils ont posé les fondations d’une discipline qui n’existait tout simplement pas dans la région.
Cette transmission ne s’est pas faite par hasard. Elle est passée par les rencontres, les sessions partagées, les essais-erreurs collectifs. Chaque vague attrapée validait une théorie. Chaque chute enseignait une leçon. Rien ne provenait des livres, tout venait du terrain.
De Sausset-les-Pins à la reconnaissance régionale
Dans le village voisin, Sausset-les-Pins, la scène est plus animée. Les adeptes de la glisse y sont plus nombreux, et c’est là que les premiers magasins de surf ouvrent leurs portes. Un signe qui ne trompe pas : la pratique s’installe, elle devient visible, elle attire.
Ces boutiques ont joué un rôle clé. Elles ont créé un point de ralliement, un lieu où les passionnés peuvent se rencontrer, échanger, se procurer du matériel sans devoir le fabriquer eux-mêmes. La communauté se structure, et avec elle, la pratique évolue.
À partir de là, le surf méditerranéen gagne en visibilité. Les compétitions régionales commencent à exister. On ne parle plus de marginaux mais de sportifs. La Côte Bleue, avec ses criques sauvages et ses spots imprévisibles, devient un terrain de jeu reconnu, même si tout reste à construire.
Les spots légendaires de la Côte Bleue
Quand tu pratiques le surf en Méditerranée, tu sais que chaque session est une négociation avec la météo. Les spots fonctionnent par conditions particulières, souvent l’hiver, quand les tempêtes génèrent une houle suffisante. Voici les adresses qui comptent, celles que la génération de Michel Léali a apprivoisées en premier :
- 🏄 L’Arquet : le spot mythique où tout a commencé avec un bateau pneumatique, dans les années 1970
- 🌊 La Corniche de Sausset-les-Pins : le rendez-vous historique des premiers pratiquants, là où le surf s’est structuré avec l’ouverture des magasins
- 🔥 Carro : un spot exigeant qui demande de connaître parfaitement les passes et les courants
- ⛵ La pointe de Bonnieux : un coin plus confidentiel, réservé aux locaux qui ont appris à lire la houle
Chacun de ces endroits a une histoire. Pour les comprendre, il faut se souvenir que rien n’y était balisé. Chaque session était une exploration, chaque vague un trophée.
Ce que les pionniers ont légué au surf moderne
Quand on regarde le surf méditerranéen en 2026, on mesure le chemin parcouru. Des clubs structurés, des compétitions officielles, des écoles qui forment les débutants… Tout cela repose sur le travail de ceux qui ont commencé sans rien.
Le Lou Martegue Surf Club, présidé par Michel Léali, incarne cette continuité. Transmettre, encadrer, fédérer : les objectifs n’ont pas changé depuis les premières heures. Simplement, les moyens ont suivi. Et si la technique a évolué, l’esprit reste le même : une passion brute pour la glisse, nourrie par une Méditerranée qui ne se livre jamais facilement.
Cette épopée, c’est celle d’un territoire qui a refusé l’évidence. La Méditerranée n’était pas faite pour le surf, disait-on. Les pionniers ont prouvé le contraire, vague après vague. Et leur héritage ne se mesure pas en trophées, mais en générations de riders qui aujourd’hui prennent leur première vague grâce à eux.

Ancien plumitif de plusieurs magazines spécialisés en glisse, Nicolas Thomas a fondé Actu Surf en 2024 pour proposer un média indépendant, sincère et exigeant. Quinze ans à arpenter les line-ups français et les rédactions parisiennes lui ont laissé une conviction simple : on ne ment pas à des surfeurs. Le marketing des marques n’a pas sa place ici. Les tests matos sont menés en mer, sur plusieurs sessions, sans complaisance. Les portraits sont écrits après plusieurs rencontres, jamais sur fiche presse. L’actualité est vérifiée avant publication.