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À Castres, Julien Cardin conçoit des planches de surf là où la mer est absente à l’horizon

À Castres, Julien Cardin conçoit des planches de surf là où la mer est absente à l’horizon

À Castres, loin des embruns et du bruit des vagues, un ébéniste façonne des planches de surf en bois. Julien Cardin cumule les casquettes : brocanteur, sculpteur, et créateur de planches 100 % bois. Une passion qui défie la géographie, à près de deux heures de la Méditerranée.

Dans sa boutique du 5 rue des Capucins, les meubles anciens côtoient des objets plus inattendus. Une planche de surf posée contre un buffet, un longboard en bois exposé en vitrine, l’inscription « Broc and Shape » peinte en turquoise. Le clin d’œil est assumé. Broc pour la brocante, shape pour la sculpture du bois, ce geste précis qui donne naissance à une planche. Une double activité qui surprend et qui interroge. Pourquoi fabriquer des planches de surf dans une ville sans plage ?

Du meuble ancien à la planche de surf, l’itinéraire singulier de Julien Cardin

Julien Cardin est tombé dans la brocante par héritage familial, une affaire de transmission et de passion. Depuis huit ans, il écume les vide-greniers, les ventes aux enchères et les maisons qui se vident, pour dénicher des pièces chargées d’histoire. Mais l’ébénisterie reste son premier métier, celui qui lui a appris la patience, le geste et le respect du matériau.

Sa double casquette a donné naissance à une activité hybride. Dans son atelier, il peut tout aussi bien restaurer une commode Louis-Philippe que sculpter une planche pour un surfeur. Le bois, toujours. C’est ce fil rouge qui relie ses deux univers. Et si la mer n’est pas à portée de vue, le surf, lui, est entré dans sa vie il y a une dizaine d’années.

L’homme ne se contente pas de collectionner les planches. Il les pratique. Kite surfeur depuis une décennie, il connaît les sensations, la glisse, la relation intime avec l’eau et le vent. Cette pratique régulière lui a donné envie de passer derrière l’établi pour créer ses propres planches, d’abord pour son usage personnel, puis pour les autres. Depuis 2022, sa production s’est structurée, avec une exigence constante : du bois, et rien d’autre.

Une fabrication 100 % bois, sans matériaux pétrochimiques

Le constat est simple et alarmant. En France, plus d’un million de personnes pratiquent le surf. Chaque année, environ 400 000 planches sortent des usines, fabriquées en polyuréthane et en résine époxy, des dérivés du pétrole. Des matériaux polluants, difficiles à recycler, et qui finissent souvent au fond d’un garage après quelques saisons.

Julien refuse cette industrie. « Le but est d’avoir une planche 100 % bois, avec finition huilée », insiste-t-il. Sa matière première, c’est le paulownia, un bois léger, résistant et imputrescible, déjà utilisé pour la fabrication de planches de surf au Japon et en Australie. L’arbre pousse vite, il est facile à travailler, et offre un excellent rapport poids/résistance. Un choix logique pour un ébéniste qui souhaite concilier performance et écologie.

Les étapes de fabrication se succèdent avec précision :

  • 🧑‍🔧 Découpe de l’arête centrale et des arêtes perpendiculaires dans un panneau de paulownia brut.
  • 🔩 Plaquage du bois et collage des différentes épaisseurs pour constituer le profil de la planche.
  • 🎨 Fermeture du dessus avec un nouveau panneau, puis ponçage minutieux.
  • 🛶 Application d’une finition huilée, naturelle, qui protège le bois sans le dénaturer.

Ce savoir-faire demande du temps. 50 heures de travail au minimum pour une planche, et un tarif compris entre 1 300 et 1 400 euros. Un prix justifié par la qualité des matériaux, la main-d’œuvre et l’aspect sur mesure de chaque commande. Chaque planche est pensée pour le client, son poids, son niveau et la pratique qu’il souhaite en faire.

La dernière création en date : un longboard destiné aux vagues douces, une pièce unique dont le shape a été validé après plusieurs heures de sculpture et de ponçage. Le client, un surfeur de la région, attendait ce moment avec impatience. À la réception, la sensation est incomparable. Une planche en bois, légère, chaude au toucher, vivante. Rien à voir avec les planches industrielles qui se ressemblent toutes.

Un défi quotidien entre brocante, atelier et commandes sur mesure

Depuis l’ouverture de sa brocante devenue son activité principale, Julien Cardin jongle entre les clients du magasin, les achats de meubles et les commandes de planches. La journée type n’existe pas. Il peut passer de la caisse d’une vente aux enchères à un atelier où l’attend un panneau de paulownia à sculpté. Sa femme lui prête main forte en personnalisant parfois les planches, apportant une touche décorative qui fait toute la différence.

Le vrai défi, reconnaît-il, c’est de parvenir à faire exister cette double activité dans une ville où le surf est un sport lointain. Le public cible n’est pas à Castres. Les surfeurs sont sur le littoral, à des centaines de kilomètres. Alors comment se faire connaître, toucher une clientèle au-delà du cercle local ? C’est toute la question.

Développer la visibilité d’une activité de niche loin du littoral

Julien le reconnaît volontiers : la concurrence sur Castres est inexistante, mais la difficulté est ailleurs. Il faut aller chercher les clients là où ils sont. Les réseaux sociaux, le bouche-à-oreille et les rencontres avec les pratiquants de glisse ont permis de lancer l’activité. Mais la notoriété reste à développer. Il travaille sur plusieurs pistes pour y parvenir :

  • 📱 Une présence plus marquée sur Instagram et Facebook pour montrer les coulisses de l’atelier.
  • 🤝 Des partenariats avec des clubs de surf du littoral, notamment à Gruissan ou Leucate.
  • 🏄‍♂️ La participation à des événements autour de la glisse durable et de l’artisanat local.
  • 🛠 L’organisation d’ateliers de découverte pour expliquer la fabrication d’une planche en bois.

À l’heure où la conscience écologique grandit, ces planches sans pétrole trouvent un écho favorable auprès des surfeurs sensibles à l’impact environnemental de leur pratique. Le bois de paulownia, la finition huilée, le caractère naturel du produit séduisent une clientèle en quête de sens.

Pour Julien Cardin, cette activité n’est ni tout à fait un loisir, ni tout à fait un travail. C’est une évidence, un prolongement naturel de son métier d’ébéniste et de sa passion pour le surf. Il se laisse porter par les opportunités, et les commandes se succèdent à un rythme soutenu. Le bouche-à-oreille fonctionne, les surfeurs partagent, échangent, et la nouvelle se répand : à Castres, un artisan façonne des planches de surf en bois qui n’ont rien à envier aux productions industrielles.

Les nouvelles tendances du surf en 2026 accordent d’ailleurs une place importante aux matériaux durables. Des marques comme Firewire ou Sharpeye ont montré la voie avec des planches biosourcées. Le tour de force de Julien est de parvenir à ce résultat sans compromis, avec un savoir-faire artisanal, loin des centres de production et des circuits traditionnels. Les surfeurs en quête d’authenticité et de pièces uniques sont les premiers à le lui rendre.

Alors, pas de mer à l’horizon ? Qu’importe. Le bois, le geste, la passion et la glisse n’ont pas besoin de vagues pour exister. Le jour où les planches de Castres atteindront l’océan, elles porteront avec elles l’histoire d’un homme qui n’a jamais renoncé à lier ses deux mondes. Et c’est sans doute ça, le plus bel exploit.

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