Aller au contenu principal

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : comprendre le contexte et la portée juridique

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : comprendre le contexte et la portée juridique

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : replacer la décision dans son contexte administratif et humain

Pour comprendre l’arrêt GISTI du 12 juin 2020, il faut d’abord visualiser une scène très concrète : un agent instruit un dossier de visa, un autre examine une demande de titre de séjour, un troisième vérifie un acte d’état civil étranger. Au-dessus de leur épaule, il y a souvent une “note”, une “instruction”, une “recommandation” interne. Ce n’est pas un décret. Ce n’est pas une décision individuelle. Et pourtant, ça pèse lourd. ⚖️

Dans l’affaire jugée par le Conseil d’État (Section, n° 418142), une note d’actualité de la direction centrale de la police aux frontières signalait l’existence de fraudes documentaires à Conakry et suggérait de formuler un avis défavorable lors de l’analyse d’actes de naissance guinéens. L’idée n’était pas de “refuser automatiquement”, mais d’orienter les pratiques. C’est précisément ce genre de document qui a longtemps échappé au contrôle direct du juge administratif, parce qu’il relevait du droit souple : pas de contrainte explicite, pas d’ordre net, pas de sanction écrite.

Le GISTI, association habituée des combats contentieux liés au droit des étrangers, a choisi une stratégie simple : attaquer la note elle-même via un recours pour excès de pouvoir (REP), enregistré dès février 2018. Le message derrière la requête est limpide : “si ce document influence la manière dont l’administration traite des personnes, alors il doit être contrôlable”. Et c’est là que le dossier devient passionnant, parce qu’il force le Conseil d’État à répondre à une question de fond : un texte “non normatif”, mais qui change la vie des gens, doit-il être justiciable ?

Deux axes se dégagent immédiatement dans les arguments. D’un côté, une critique de forme, fondée sur l’article L.212-1 du Code des relations entre le public et l’administration (signature et mentions de l’auteur pour certaines décisions). De l’autre, une critique de fond liée à l’article 47 du Code civil, qui fait foi des actes d’état civil établis à l’étranger, sauf démonstration d’irrégularité ou falsification après vérifications utiles. La requête reprochait à la note de fabriquer une sorte de présomption généralisée de fraude visant des actes guinéens, ce qui heurterait l’examen au cas par cas. 🚦

En face, l’administration défendait une ligne classique : ce n’est “qu’une note”, adressée à un public restreint (des services), sans caractère impératif, donc pas une décision faisant grief. Autrement dit : pas de juge, pas de procès. Ce point est central, car il révèle un vieux réflexe de l’administration : gouverner par documents intermédiaires, tout en limitant les risques contentieux.

Pour rendre tout ça vivant, imagine “Mariam”, ressortissante guinéenne (personnage fictif), qui dépose un dossier de regroupement familial. Elle joint un acte de naissance conforme aux formes locales. L’agent, prudent, a lu la note d’actualité. Même s’il garde la possibilité de vérifier et d’accepter, le réflexe de défiance est déjà installé. Dans ce type de situation, l’effet réel du document est moins juridique que comportemental : il influence les routines, accélère les refus, durcit le regard. Et le Conseil d’État va justement bâtir son raisonnement sur cette idée d’effets notables sur les droits ou la situation des personnes. 🎯

Ce décor posé, la suite logique consiste à regarder comment le juge a construit la “porte d’entrée” contentieuse, et pourquoi cet arrêt s’inscrit dans une trajectoire jurisprudentielle qui dépasse largement le seul sujet des actes d’état civil.

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : le droit souple et la nouvelle catégorie des “documents de portée générale”

La bascule opérée par l’arrêt GISTI, c’est l’acceptation claire d’une idée : l’absence de normativité explicite ne suffit plus à neutraliser le contrôle juridictionnel. Le Conseil d’État consacre une catégorie maniable et large : les documents de portée générale émanant d’autorités publiques, qu’ils soient matérialisés ou non. Oui, “ou non” : un document peut exister comme note diffusée en ligne, comme fiche pratique, voire comme contenu institutionnel “type FAQ”. 🧩

Le juge ne sort pas ce concept de nulle part. Il s’inscrit dans une évolution par paliers. Les lignes directrices (anciennement “directives” administratives) ont déjà été admises comme encadrant l’action de l’administration depuis Crédit Foncier de France (1970). Les circulaires ont été filtrées via le critère d’impérativité avec Dame Duvignères (2002). Puis, avec Fairvesta et Numericable (2016), des actes de droit souple ont pu être attaqués dès lors qu’ils produisaient des effets notables ou visaient à influencer les comportements.

GISTI reprend ce fil et l’étend : ce n’est plus seulement la “circulaire impérative” ou l’acte de régulation économique, mais tout un ensemble de supports administratifs “gris” (cette fameuse “littérature” interne) qui devient contestable si un seuil d’impact est franchi. Et ce seuil, c’est la formule-clé : susceptible d’avoir des effets notables sur les droits ou la situation d’autres personnes que les agents chargés de les mettre en œuvre. ⚖️

Ce choix est malin. Il évite de demander au requérant de prouver que le document “commande” juridiquement. Il suffit de démontrer qu’il est apte à peser sur la situation des administrés. Dans une administration moderne, ce critère colle au réel : des consignes non obligatoires peuvent devenir quasi automatiques par inertie, par culture de service, ou par peur de “mal faire”.

Pour te donner une image, c’est comme une consigne interne dans un club sportif : personne n’écrit “obligation”, mais tout le monde s’aligne. D’ailleurs, cette idée d’influence diffuse est très bien racontée, dans un tout autre registre, par des récits de pratiques collectives où une culture interne façonne les comportements, même sans règle stricte, comme on le voit dans les surfeurs et artistes du Nord-Cotentin. Le parallèle est simple : une communauté adopte des réflexes communs, et ces réflexes finissent par produire des effets visibles.

Dans GISTI, le Conseil d’État ajoute deux précisions qui structurent toute la matière :

  • Le document doit venir d’une autorité publique : on ne vise pas une association privée, ni un blog, ni une entreprise.
  • 📌 Les effets notables sont souvent caractérisés si le document est impératif ou s’il constitue une ligne directrice, mais la formule “notamment” laisse la porte ouverte à d’autres hypothèses.

Ce “notamment” n’est pas décoratif. Il signale un champ évolutif : demain, un guide ministériel en ligne, un simulateur officiel qui oriente des décisions, ou une fiche technique d’agence pourrait entrer dans le périmètre dès lors qu’il influence réellement les pratiques. en 2026, avec la multiplication des portails et des documents d’aide à la décision, la portée de ce raisonnement reste brûlante, car l’administration publie souvent des contenus “pratiques” plus lus que les textes officiels.

Le plus intéressant, c’est que cette ouverture contentieuse ne signifie pas que tout sera annulé. Elle signifie que tout peut être discuté devant le juge, et c’est déjà un changement d’équilibre : l’administration sait désormais que ses “documents intermédiaires” peuvent finir au Palais-Royal. La suite logique, c’est donc de voir comment le juge cadre son contrôle, et quelles armes juridiques il accepte de manier.

Pour enrichir ce contexte, une recherche vidéo aide à visualiser la place du Conseil d’État dans l’architecture française et la logique du REP :

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : critères de recevabilité et stratégie contentieuse (REP) 🧠

Sur le terrain, attaquer un document de droit souple n’est pas un sport de contact, mais presque. Il faut de la méthode, une cible claire, et une démonstration qui tient debout. L’arrêt GISTI donne justement une grille de lecture qui change la manière de construire un recours pour excès de pouvoir contre ce type d’écrit administratif.

Premier verrou : la portée générale. Le Conseil d’État vise des documents destinés à orienter des pratiques pour une catégorie de situations, pas un courrier isolé adressé à une personne déterminée. En clair, la note doit être “réutilisable” : elle sert de référence, elle circule, elle s’applique à des dossiers multiples. Cette distinction est cruciale, car elle sépare ce contentieux des litiges plus classiques où l’on attaque une décision individuelle (refus de titre, retrait, sanction, etc.).

Deuxième verrou : l’origine. Il faut que le document émane d’une autorité publique. Dans GISTI, ce point est tranché sans difficulté : la division de l’expertise en fraude documentaire de la PAF entre dans les attributions de l’administration. Le juge insiste : même si ce n’est pas un ministre qui signe, un service compétent peut produire des documents internes ayant un impact externe.

Troisième verrou (le plus vivant) : les effets notables. Ici, le Conseil d’État raisonne en conséquence concrète : si la note est susceptible d’affecter la situation de ressortissants guinéens dans leurs relations avec l’administration française, alors le document est attaquable. Le juge ne demande pas une preuve statistique. Il constate une vraisemblance forte : si des agents sont incités à émettre des avis défavorables, les dossiers sont mécaniquement fragilisés. 🎯

Pour rendre cette mécanique intuitive, reprenons l’exemple de Mariam. Elle produit un acte de naissance. Le service instructeur, influencé par la note, lance des vérifications plus lourdes, retarde la procédure, demande des pièces additionnelles, et finit parfois par un refus. À la fin, même si le texte de la note ne dit jamais “refus systématique”, le résultat peut être un parcours plus difficile. Et c’est précisément ce que le juge accepte de regarder.

Ce raisonnement rappelle une dynamique qu’on observe parfois dans des collectifs sportifs : une consigne “souple” devient “dure” parce qu’elle se transforme en habitude. Cette logique de routine est d’ailleurs bien illustrée dans des environnements d’entraînement où des règles implicites finissent par structurer le groupe, comme le montre l’évolution d’une salle de sport sur 15 ans. La comparaison est utile : ce ne sont pas toujours les textes les plus contraignants qui modèlent le plus les comportements.

Sur le plan de la technique contentieuse, GISTI amène aussi une question pratique : qui peut agir ? Ici, une association attaque au nom d’un intérêt collectif. Le Conseil d’État n’en fait pas un débat central dans ses attendus, mais le simple fait que le recours soit examiné confirme que l’action associative reste un levier crédible quand une note vise, en pratique, un groupe de personnes.

Autre point de stratégie : le délai. Les actes de droit souple posent souvent problème car ils ne sont pas toujours notifiés. Quand le document est publié en ligne, le délai classique de deux mois a vocation à jouer, mais il existe aussi, dans certaines hypothèses, la logique du “délai raisonnable” issue de la jurisprudence Czabaj (un an selon les cas). Cette zone grise oblige les requérants à être rapides : attendre, c’est risquer l’irrecevabilité. ⏳

Pour aider à visualiser cette grille de recevabilité, voici un tableau simple qui reprend les conditions et ce qu’il faut démontrer dans un dossier type.

Critère 🧩 Question à trancher 🔎 Exemple inspiré de GISTI 📌
Portée générale Le document vise-t-il une catégorie de situations ? Note destinée à guider l’analyse d’actes d’état civil guinéens
Autorité publique 🏛️ Émane-t-il d’un service/autorité administrative ? Division spécialisée de la PAF compétente en fraude documentaire
Effets notables 🎯 Peut-il impacter les droits/situation d’administrés ? Risque d’avis défavorables et de blocages dans les démarches
Impératif ou lignes directrices 🧭 Oriente-t-il fortement la décision même sans ordre formel ? Préconisation formulée avec une suggestion de rédaction d’avis

La prochaine étape est logique : une fois la recevabilité ouverte, que contrôle exactement le juge ? Et avec quels moyens d’annulation ? C’est là que GISTI devient une boîte à outils pour tout juriste en contentieux administratif.

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : l’office du juge et les moyens d’illégalité contrôlables

L’arrêt GISTI ne fait pas qu’ouvrir la porte du prétoire : il explique aussi comment le juge doit travailler face à un document qui n’est pas une décision classique. Et là, le Conseil d’État fixe une règle de méthode : l’examen de la légalité doit tenir compte de la nature du document, de ses caractéristiques et du pouvoir d’appréciation de l’autorité qui l’a émis. Autrement dit : pas de copier-coller des contrôles habituels, mais un contrôle ajusté. 🧰

Le juge liste ensuite des hypothèses dans lesquelles le recours doit être accueilli. Trois familles se dégagent, formulées de façon assez large pour rester utilisables dans de nombreux contentieux.

Le parcours de l'arrêt GISTI
  1. Avant 2018

    Les notes internes non normatives échappent classiquement au contrôle du juge administratif.

  2. Février 2018

    Le GISTI dépose un recours pour excès de pouvoir contre une note d'actualité de la police aux frontières.

  3. 12 juin 2020

    Le Conseil d'État juge que la note produit des effets notables et ouvre le recours.

  4. Après l'arrêt

    Les instructions informelles de portée générale deviennent contestables devant le juge administratif.

Quand le document “fabrique” une règle nouvelle sans compétence ⚠️

Premier cas : le document fixe une règle nouvelle alors que l’autorité n’a pas le pouvoir de le faire. Ce point renvoie au droit administratif classique : les normes réglementaires ne peuvent pas être créées par n’importe qui. Même si un chef de service a un pouvoir d’organisation (logique Jamart), ce pouvoir a des limites, et il ne peut pas contredire des textes supérieurs.

Dans GISTI, ce moyen n’a pas prospéré, parce que la note s’inscrivait dans les missions du service et n’édictait pas formellement une règle de refus automatique. Le Conseil d’État insiste : elle recommande, elle suggère une formulation, mais elle ne verrouille pas l’examen individuel.

Quand l’interprétation du droit positif déforme le sens des textes 📚

Deuxième cas : le document prétend “expliquer” le droit, mais il le tord. Le juge peut alors censurer une interprétation qui méconnaît la portée d’une loi ou d’un règlement. Cette technique rappelle fortement la logique Duvignères sur les circulaires : une mauvaise interprétation devient attaquable parce qu’elle entraîne une mauvaise application.

Dans la pratique, c’est une arme redoutable : beaucoup de documents internes sont rédigés comme des “guides” pour agents, avec des formulations rapides, parfois trop tranchées. Dès qu’un guide transforme une faculté en obligation, ou qu’il remplace un raisonnement juridique par un automatisme, le risque contentieux grimpe. 📈

Quand le document sert à appliquer une règle contraire à une norme supérieure 🧱

Troisième cas : le document est pris en vue de la mise en œuvre d’une règle illégale au regard d’une norme supérieure (loi, principe général, convention, etc.). Le juge regarde alors l’objectif réel : est-ce que l’administration utilise un “document souple” pour faire passer une politique juridiquement fragile ? Si oui, le contrôle redevient un contrôle de l’État de droit, sans détour.

Pourquoi certains moyens “de forme” tombent à plat : l’exemple de l’article L.212-1 CRPA

Dans GISTI, le GISTI invoquait l’article L.212-1 du CRPA, relatif à la signature et aux mentions d’auteur pour certaines décisions administratives. Le Conseil d’État répond sans détour : la note ne revêtant pas le caractère d’une décision, ce moyen est inopérant. 🧾

Ce passage enseigne un réflexe contentieux utile : l’ouverture du REP contre un document souple ne transforme pas ce document en “décision” pour tous les aspects formels. Il reste ce qu’il est, et le requérant doit choisir des moyens adaptés à sa nature.

L’article 47 du Code civil : le nœud dur du litige sur l’état civil étranger

Sur le fond, le cœur du débat tournait autour de l’article 47 du Code civil : un acte d’état civil étranger fait foi, sauf preuve d’irrégularité ou falsification, après vérifications. La critique consistait à dire : “si la note pousse à rejeter en bloc, elle inverse la logique de l’article 47”.

Le Conseil d’État désamorce : la note, même si elle préconise un avis défavorable, n’interdit pas l’examen individuel. Elle ne bloque pas la possibilité de reconnaître un acte si les pièces du dossier le justifient. Résultat : la requête est rejetée, mais l’architecture jurisprudentielle demeure. 🎯

Dernier point utile : malgré l’ouverture, les annulations restent statistiquement moins fréquentes que les admissions à agir, car beaucoup de documents sont rédigés pour rester dans la suggestion. C’est peut-être frustrant pour le requérant, mais pédagogiquement, c’est puissant : l’administration apprend à écrire “souple”, et les juristes apprennent à lire “entre les lignes”. La section suivante va justement aborder les effets systémiques de cette jurisprudence sur les pratiques administratives et le contentieux depuis 2020.

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : impacts pratiques depuis 2020 et effets sur les administrations en 2026

Depuis 2020, l’arrêt GISTI agit comme une pression douce sur les administrations : ce qu’elles écrivent “pour elles” peut être lu “devant le juge”. Même sans explosion visible des annulations, l’effet dissuasif est réel. Beaucoup de services ont renforcé leur prudence rédactionnelle : phrases moins catégoriques, rappel explicite de l’examen individualisé, insertion de réserves (“selon le cas”, “sous réserve des pièces”, etc.). Et oui, ça change la vie du contentieux. 🧠

Dans un contentieux type “droit des étrangers”, la stratégie évolue. Plutôt que d’attaquer uniquement des refus individuels (long, coûteux, dossier par dossier), certaines associations ou collectifs tentent de remonter à la source : le document interne qui rigidifie les pratiques. C’est une logique de prévention : mieux vaut contester un texte-cadre que subir mille décisions identiques. 🎯

Pour autant, GISTI n’ouvre pas une autoroute. Plusieurs obstacles demeurent :

  • La preuve de l’effet notable : il faut relier le document à une dégradation plausible des situations individuelles.
  • 🧾 Le flou de la publicité : quand le document circule mal ou n’est pas officiellement publié, le débat sur les délais devient un piège.
  • 🧩 La nature hybride : certains documents ressemblent à des guides pratiques, d’autres à des interprétations juridiques, d’autres encore à des outils de communication.

Dans la vie des services, ce contrôle potentiel a aussi une conséquence culturelle : on voit davantage de “juridicisation” des notes internes. Les administrations sollicitent plus souvent leurs bureaux juridiques, ou standardisent les formulations. Cela ne rend pas forcément le système plus humain, mais cela rend la règle du jeu plus claire.

Une autre conséquence est la montée en puissance des contenus en ligne : pages “d’aide”, simulateurs, fiches pratiques. Les textes ne sont pas toujours présentés comme des normes, mais ils orientent fortement le public. Et GISTI, avec son “matérialisés ou non”, reste une clé d’analyse pour ces supports. En 2026, les administrations publient des parcours guidés : ce sont parfois ces parcours qui deviennent, dans les faits, la première source “normative” pour l’usager. 📲

Pour illustrer ce point avec une image hors droit, pense à un sportif qui suit un plan d’entraînement trouvé sur une page d’autorité : il ne s’agit pas d’une loi, mais l’effet sur son comportement est immédiat. Un parallèle se lit bien avec un entraînement marathon axé sur le physique : le document n’a aucune force obligatoire, mais il structure des choix concrets. C’est exactement la logique des actes de droit souple : influence sans contrainte formelle.

Dans le domaine des autorités administratives indépendantes et de la régulation (concurrence, audiovisuel, santé), la continuité avec Fairvesta-Numericable est évidente. Ceux qui veulent comprendre cette filiation peuvent aussi jeter un œil à un panorama de décisions structurantes, même si le sujet est différent, comme des décisions clés en matière de concurrence. La leçon est transposable : les documents de régulation orientent les acteurs, et leur contestabilité dépend de leurs effets.

Enfin, il ne faut pas rater l’effet “pédagogique” de GISTI : cet arrêt apprend à raisonner en juriste du réel. La question n’est plus “ce document est-il normatif ?” mais “qu’est-ce qu’il provoque ?”. Cette bascule, complice et directe, remet l’humain dans le contentieux administratif : si un texte modifie les trajectoires de vie, alors il mérite un contrôle. Et c’est exactement le point de tension fécond que l’arrêt a ancré dans la jurisprudence. ⚖️

La dernière marche consiste à passer du constat d’impact à une méthode de lecture : comment repérer, dans un document administratif, les formulations qui basculent vers l’illégalité ? C’est ce qui va être abordé ensuite, avec une grille d’analyse très opérationnelle.

Arrêt GISTI du 12 juin 2020 : méthode pour analyser un document de droit souple et repérer les risques d’illégalité

Lire un document de droit souple comme un juriste, c’est une compétence à part entière. Le piège classique consiste à s’arrêter à l’étiquette (“note”, “recommandation”, “guide”) et à oublier l’essentiel : son contenu, son ton, ses destinataires, et son effet prévisible. L’arrêt GISTI sert ici de boussole : il oblige à raisonner sur l’influence réelle et sur la conformité à la hiérarchie des normes. 🧭

Une méthode simple consiste à procéder en trois temps : cartographier, qualifier, confronter.

1) Cartographier : qui écrit, pour qui, et comment le document circule ? 🗺️

Commence par identifier l’auteur : service, direction, autorité indépendante, chef de service. Cette étape conditionne le débat sur la compétence. Ensuite, regarde les destinataires : agents internes uniquement, ou partenaires, ou public. Enfin, repère la diffusion : intranet, internet, email, document imprimé.

Dans GISTI, la diffusion en ligne rendait visible la note, et ses destinataires étaient des agents, mais l’effet visait bien des administrés. C’est la combinaison “interne par la forme, externe par les effets” qui rend le raisonnement du Conseil d’État si utile.

2) Qualifier : impératif, ligne directrice, ou simple information ? 🧩

Le vocabulaire trahit souvent la nature du document. Un guide qui dit “il faut”, “doit”, “systématiquement” bascule vite vers l’impérativité. Un texte qui dit “en principe”, “il est recommandé”, “sauf circonstances” peut relever de la ligne directrice. Un document purement informatif se contente de décrire un phénomène sans orienter une action.

Dans l’affaire, la note préconisait un avis défavorable et suggérait une formulation-type. Même sans ordre absolu, ce type d’élément peut structurer les pratiques, car les modèles de rédaction se répliquent vite dans une administration. 🧾

3) Confronter : le document respecte-t-il les normes supérieures ? 🧱

Ici, l’objectif est de repérer trois risques, alignés sur la grille GISTI :

  1. ⚠️ Création d’une règle nouvelle sans base ou par une autorité incompétente.
  2. 📚 Interprétation erronée du droit : la note prétend expliquer un texte mais le déforme.
  3. 🧱 Mise en œuvre d’une règle illégale : le document sert à appliquer une pratique contraire à une norme supérieure.

Dans un cas de droit des étrangers, l’examen au cas par cas est souvent un point de friction. Dès qu’un document laisse entendre qu’une catégorie de documents “ne vaut rien” par principe, le risque de contrariété avec l’article 47 du Code civil (pour l’état civil) ou avec des garanties procédurales augmente. Et c’est là qu’un requérant bien préparé peut transformer un débat abstrait en démonstration concrète.

Une anecdote contentieuse typique : un avocat récupère plusieurs décisions individuelles quasi identiques, avec la même phrase copiée-collée. Il soupçonne un guide interne. Il obtient ensuite une note via communication administrative ou par un dossier contentieux, et il attaque le guide. La force de GISTI, c’est d’avoir validé ce raisonnement “remonter à la source”. 🎯

Pour rester pratique, voici une mini check-list qui aide à relire un document avant de décider d’un recours :

  • 🔎 Le document contient-il des formulations de généralisation (“toujours”, “jamais”, “tous les actes de…”) ?
  • 🧾 Existe-t-il un modèle de réponse ou une phrase-type qui sera reprise dans les décisions ?
  • ⚖️ La note laisse-t-elle une place claire à l’examen individuel (pièces, vérifications, contradictions) ?
  • 🏛️ L’auteur est-il identifié et la compétence du service est-elle traçable ?

Enfin, une dernière idée, très “terrain” : même lorsque l’annulation est rare, le contentieux peut être utile comme levier de clarification. L’administration, confrontée à un REP, réécrit parfois le document, le retire, ou ajoute des réserves. Cela ne fait pas toujours la une, mais pour les personnes concernées, la différence est concrète. C’est la logique de l’entraînement : on ne gagne pas tous les matchs, mais on améliore le système à chaque séance. 🥊

Ce cadre de lecture boucle la compréhension de l’arrêt : GISTI n’est pas seulement un arrêt sur une note PAF, c’est un mode d’emploi pour contrôler la zone grise entre la norme et la pratique, et c’est exactement là que se joue une grande partie de l’État de droit administratif.

Enfin les réponses claires

Est-ce que l'arrêt GISTI concerne uniquement l'état civil guinéen ?

L'arrêt part d'un cas guinéen, mais sa portée dépasse largement ce contexte. La solution vaut pour toute note interne de l'administration susceptible d'affecter les droits des personnes.

Faut-il une décision individuelle pour attaquer une instruction ?

Plus forcément. Depuis cet arrêt, un document de portée générale sans caractère impératif peut faire l'objet d'un recours s'il produit des effets notables.

Ça change quoi pour un étranger qui demande un visa ?

Concrètement, un demandeur peut contester une note interne qui oriente le refus. Le juge vérifie si le document influence la situation de la personne.

Est-ce que toutes les notes internes sont maintenant attaquables ?

Toutes non. Il faut un document émanant d'une autorité publique, de portée générale, avec des effets notables sur les droits ou la situation des administrés.

Et de votre côté, comment ça se passe ? On vous écoute

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prouvez que vous êtes humain : 0   +   5   =